
L’odyssée d’une rencontre entre deux mondes qui donna naissance à notre fleuron
En écoute: Road To Yunnan
Le Prince des Vents



Dans les montagnes escarpées de l’Hindou Kouch, où le ciel se confond avec les neiges éternelles, vivait un prince insaisissable. Il ne portait ni couronne ni épée, mais se parait d’une cape dorée que le vent soulevait en tourbillons. Les habitants des vallées l’appelaient Shehryâr-e Bâd, le Prince des Vents, car il dansait sur les rafales, léger comme une plume.
Personne ne savait qu’il était le dernier descendant d’une lignée secrète : les Rois Pourpres aux fleurs résineuses qui plongeaient leurs racines dans les falaises arides. Son royaume ? Une corolle fragile, son trône toujours dressé vers l’horizon.
Le Chant du Vent

Le Départ
Arraché à sa terre natale par les vents d’orage, le Prince entame son périple vers l’Est, porté par les courants aériens.
Samarcande
Il survole les minarets turquoise où les abeilles lui offrent du nectar en échange de ses récits.
Les Steppes
Accroché aux crinières des chevaux sauvages, il traverse les immenses plaines mongoles.
L’Arrivée
Les vents d’ouest le déposent enfin dans les montagnes brumeuses du Yunnan.
Son périple fut une odyssée silencieuse. Parfois, la pluie menaçait de le clouer au sol, mais les vents – ses vieux complices – le portèrent toujours plus loin, vers cette terre mystérieuse où les rizières épousent les nuages.
La Fleur de Jade

Entre deux vallons embrumés, il aperçut une touffe feuillue de petite taille et plutôt enrobée, juchée sur une tige gracile. Yù-Hua, « Fleur de Jade », veillait sur les versants solitaires. Ses parfums envoûtaient les papillons de nuit, et ses feuilles tremblaient comme des éventails de soie.
L’Enfant des Cimes
Ce fut un mariage sans mots, consumé dans un soupir de pollen. La princesse, pudique, inclina sa corolle vers terre quelques jours plus tard, tandis que son ventre rond enflait sous les pétales. Shehryâr, lui, avait déjà disparu, dissous dans l’air comme un rêve. Son dernier souffle avait fécondé l’avenir dans un ultime échange génétique.

Quand vint l’automne, Yù-Hua laissa tomber ses graines au pied du rocher. L’une d’elles, plus ronde que les autres, roula jusqu’à un ruisseau. Les paysans qui la trouvèrent l’appelèrent Yushe – « enfant du courage » en dialecte local.